Le français encore remis en question.

Christine St-Pierre, ministre de l'acculture. - Jean Némar

Dû au récent « scandale (en fait, il aurait dû en être un, mais…) » au sujet de certains cadres de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), de celui à propos des cadres de la Banque Nationale du Canada (BNC), de l’impossibilité de travailler en français dans les bureaux de Bombardier et de nombres d’autres affaires du même ordre; il y avait avant hier soir un débat sur la place du français au Québec au Téléjournal National de Radio Canada1.

Lors de ce débat, Tasha Kheiriddin nous rappelait, avec tout son pragmatisme, à quel point il coutait cher au Québécois de vouloir préserver le français et elle remettait en cause la pertinence de vouloir le préserver à tout prix au Québec. Elle affirmait que dans ce prix il y avait le fait que nous allions nous priver de compétences et que le pauvre David Smith, qui ne peut pas s’adapter au français (pourquoi?), en était un exemple. Si ce qu’elle dit est vrai, que dans une société à majorité francophone on ne peut trouver personne qui parle français d’assez compétent pour diriger des institutions telles que la CDPQ, nous avons un sérieux problème, mais que voulez-vous (comme disait Jean Crétin), au Québec, notre statut de colonisé nous mène souvent à croire que la compétence est toujours forcément chez l’autre, le conquérant (d’autre fois?). J’aurais bien aimé que Jean-François Lisée, seul intervenant pour l’application la loi 101 sur un panel de quatre, lui retourne la médaille en remettant en question la place de l’anglais au Québec et les coûts qui lui sont imputables. Combien coûte-t-il au Québécois de maintenir un système de santé anglais, de construire deux CHUM plutôt qu’un, de maintenir un système d’éducation anglais? C’est un fait, maintenir le système anglais au Québec a un prix et ce prix n’est pas que d’ordre économique, mais aussi d’ordre culturel. En effet, le simple fait de donner le beau jeu à l’anglais au Québec fait en sorte que cette langue a une force d’attraction beaucoup plus grande que le français, l’assimilation le démontre bien. Cela dit, M. Lisée a tout de même démontré que le coût en compétences était aussi vrai de l’autre côté de la médaille en faisant valoir que certains cadres supérieurs francophones bilingues de la CDPQ et de la BNC avaient quitté leur poste puisqu’ils ne voulaient plus travailler dans un environnement anglophone. Bon point!

Toujours la même Tasha Kheiriddin, excusait les décisions du gouvernement Harper dans l’octroi de postes à des unilingues anglais (vérificateur général, directeur des communications) en disant qu’au Canada anglais, il n’y avait pas de telles mesures puisque l’anglais n’y a jamais été menacé et que ce n’était que la compétence qui comptait et non pas la langue parlée, au moment de l’embauche. Cela n’est pas tout à fait faux, mais c’est juste un petit peu hors sujet. Si nous voulions vraiment comparer ces réalités, il faudrait demander si une personne ne parlant pas anglais serait engagée à ces fonctions au Canada anglais et je vous garantis que la réponse à cette question serait, sans équivoques, non.

Il a aussi été évoqué, lors de ce débat, que l’anglais ne gagnait pas de terrain à Montréal et que c’était plutôt les allophones qui en gagnaient, cela est simplement ridicule, l’allophone n’est pas une langue et les allophones doivent donc s’assimiler à une des deux langues d’usage. Devinez donc à qui cela profite. On disait qu’une personne sur dix, seulement, était unilingue anglophone à Montréal, mais cela ne signifie pas qu’une personne sur dix qui ne peut pas parler français, car, le bilinguisme ne se limite pas au fait de parler anglais et français, mais de parler deux langues quelles qu’elles soient, chez les allophones, le français ne fait pas nécessairement partis des langues parlées. De plus, la loi 115 — passée sous le baillons — par John James (dit Jean) Charest et Christine St-Pierre, va encore une fois, amplifier cette réalité.

Personne dans ce panel n’a remis en question l’impératif de la connaissance de l’anglais pour faire des affaires à l’international; d’accord, l’anglais est la troisième langue la plus parlée au monde et donc très utile, de plus il semble y avoir consensus, l’anglais est la langue des affaires, mais en quoi est-ce nécessaire? Jusqu’à tout récemment, nous faisions appel à un interprète lorsque les interlocuteurs parlaient des langues différentes. Comprenons-nous bien, je ne dis pas qu’on ne doit sous aucun prétexte apprendre l’anglais, bien au contraire; apprendre des langues — par volonté et intérêt personnel sur une base individuelle — est une bonne chose à mon avis. Mais je ne comprends pas en quoi ce doit être un impératif, ce devrait, selon moi, être tout au plus un atout.

De la remise en question de la pertinence de notre culture,

Vraiment,

Jean Némar


1. http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/CBFT/Telejournal201112082200.asx

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