La grêve est étudiante, la lutte est populaire!

Line Beauchamp la Pépine et le PLQ creusent le fossé social - Jean Némar

Le petit libéral du Québec (PLQ) a décidé d’imposer une hausse des droits de scolarité de près de 75 % sur cinq ans. Les petits libéraleux tentent tant bien que mal (ou plutôt, mal) de limiter le débat à une question de chiffre : les universités sont sous-financées, les étudiants doivent donc payer leur juste part. Mais, si le système est vraiment sous-financé à qui devrait incomber la tâche de décider de ce qu’est une juste part? Des bandits déguisés en comptables ou le peuple québécois? On nous rabat sans cesse les oreilles avec la moyenne canadienne, mais la vérité est que les Québécois sont beaucoup plus favorables aux mesures sociales que les gens du ROC, étant un indépendantiste convaincu, ce genre d’argument me laisse toujours coi. Notre charte des droits et libertés1 bien à nous stipule d’ailleurs, à l’article 40, le droit à l’instruction publique gratuite.

Voyons donc ce que nous disent les fameux (infâmes?) carrés verts.

Sous-financement ou malfinancement?

La hausse des frais de scolarité imposée par le petit libéral du Québec (PLQ) a comme principal argument le pseudo sous-financement criant des universités québécoises, mais quand est-il vraiment?

Placer la charrue devant les bœufs est l’apanage du PLQ, ainsi on veut augmenter le financement, sans s’assurer au préalable que le financement actuel est utilisé de façon, disons, éthique. C’était vrai dans « le plus vaste chantier d’infrastructures de notre histoire »2, alors que le premier sinistre refusait bec et ongle une enquête publique sur la corruption et la collusion dans le secteur de la construction et ça l’est encore dans le présent dossier.

Ainsi, la sinistre de l’Aiducawssion, imposait une pénalité financière de 2 millions de dollars à l’Université Concordia pour l’année 2012-2013 pour avoir manqué de rigueur dans la gestion des fonds publics.3 Impossible de jouer la carte de l’ignorance, c’est elle-même qui a imposé la pénalité et ceci n’est que la pointe de l’iceberg que représente le mal financement des universités.

De plus en plus, les universités se travestissent en centre de recherches à visée appliquée ou commercialisable. Donc, l’industrie du savoir devient une machine à brevets bon marché pour l’entreprise privée. Ainsi selon les indicateurs de l’éducation, 2009 du MELS, le montant des subventions et des contrats de recherches alloués aux universités est passé de 721 M$ en 1995-1996 à 1,276 G$ en 2005-2006 (en dollars constants de 2006). Cet argent est distribué de façon plutôt arbitraire au profit des domaines qui rapportent; ce qui donnait 75,8 % des subventions et contrats de recherche aux seuls domaines des sciences de la santé, des sciences pures et des sciences appliquées, laissant un maigre 7,8 % aux sciences sociales et humaines.

Chez les libéraux, c’est les copains d’abord!

La valeur des diplômes serait menacée.

Un des problèmes du petit libéral est qu’il ne sait lire que les signes de piastres. Ainsi, il attribue la valeur de l’éducation au prix qu’elle nous coûte. Pourtant, nous pouvons lire sur le site du PLQ :

« Les enquêtes internationales placent régulièrement le Québec en tête du peloton lorsque nos jeunes sont évalués sur la maîtrise de la langue [laquelle?], des mathématiques et des sciences. […] »4

Mais la valeur d’un diplôme ne se mesure-t-elle pas à la qualité et la quantité du savoir transmis? Malheureusement, selon une étude5 de l’institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), « la hausse des frais de scolarité et la reconversion commerciale des universités réduisent l’éducation pour en faire une marchandise à visée essentiellement pragmatique, de plus en plus coûteuse, mais de moins en moins riche en contenu. »

La hausse des droits permettrait d’engager les meilleurs enseignants et d’acheter de nouveaux équipements.

Pourtant selon une étude6 de l’IRIS les récentes embauches auraient surtout été à l’endroit de gestionnaires, « puisque la reconversion commerciale de l’université exige de plus en plus de contrôles de gestionnaires et de coûteux mécanismes de surveillance. »

Nous pouvons lire sur le site du PLQ : « De plus, afin de prendre le virage incontournable des nouvelles technologies auxquelles nos jeunes sont habitués, les classes seront dotées de tableaux interactifs, de projecteurs multimédias et d’ordinateurs portables ».

Or, selon Thierry Karsenti, directeur de la chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation, aucune étude indépendante n’existe pour justifier l’achat massif et rapide de tableaux blancs interactifs (TBI). « Les seules études sur les TBI ont été subventionnées par les fabricants », précise-t-il.7 De plus, on apprenait dans La Praisse qu’« Un an plus tard, on constate que la grande majorité des TBI sont commandés d’une façon inhabituelle à un fournisseur quasi unique : Smart Technologies, dont le lobbyiste est un ancien membre du cabinet de M. Charest. » Ce produit serait pourtant plus cher et moins souple que celui de plusieurs concurrents.8

Si les investissements en équipements pour les universités sont gérés de la même façon, nous pouvons comprendre que les étudiants financeront les amis du parti.

Aucune baisse de fréquentation.

Étrangement, chez le PLQ, où l’on considère l’éducation comme une marchandise, on nous dit qu’une hausse des tarifs de scolarités n’influencerait en rien la fréquentation des universités. C’est bien mal comprendre la loi du marché (chez des gens qui ne respectent pourtant que ça), mais pis encore, on utilise exactement la même logique, chez Hydro Québec, pour justement inciter le consommateur à diminuer sa consommation en électricité. Il y a un manque flagrant de cohérence ici.

De plus, on prétend que la hausse serait compensée par un régime d’aide financière. En fait, 83 % des étudiants n’aurait pas droit à l’aide financière et devrait donc payer les frais de scolarité bonifiés sans compensation.9 Bien qu’on nous rabâche sans cesse les oreilles avec le taux inquiétant d’entêtement des Québécois, on nous propose du revers d’investir dans le « capital humain » en s’endettant. Ce double discours n’est pas seulement paradoxal, mais il s’assit sur un principe qui ne se vérifie pas toujours, soit celui selon lequel un diplôme universitaire donne un plus grand salaire, et donc des moyens de rembourser une dette d’études. En moyenne, ça se vérifie, mais la moyenne est un outil dangereux, puisque très sensible aux extrêmes; ainsi, les avocats, médecins, les chefs d’entreprise gonflent artificiellement le salaire moyen des universitaires. Mais les géographes, les enseignants, les philosophes, les historiens, etc., y penseront probablement deux fois avant de s’endetter grandement pour faire un salaire normal et hypothéquer de nombreuses années de leur vie.

Même s’il est plutôt hasardeux de prétendre pouvoir chiffrer avec exactitude la baisse de fréquentation des universités, des économistes de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), Jules Bélanger et Oscar Calderón, estiment un minimum de 6000 étudiants à temps plein de moins par année à compter de 2016-2017.10 Toujours selon c’est deux économistes, bien que le gouvernement prétende aller chercher 265 M$ par années, il s’agirait plutôt de 101 M$ après déductions d’impôts et aide financière (qui serait aussi majorée).

La gratuité scolaire, une utopie?

Bien que le débat soit surtout orienté vers la hausse ou non, la coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (La CLASSE), entre autres, revendique, elle, la gratuité scolaire. Mais la gratuité scolaire, est-ce possible?

J’ai évoqué dans le point précédent les dangers de la moyenne, mais la moyenne peut quand même être très utile lorsque l’on observe l’ensemble (et non les individus). Or, les diplômés universitaires gagnent plus d’argent – en moyenne – et ont un taux de chômage moins élevé, ce qui fait que le détenteur d’un BAC rapporterait, toujours en moyenne, près de 1 M$ supplémentaire à l’État dans une vie par rapport à un diplômé du secondaire.

Les chercheurs de l’IREC cité précédemment chiffraient donc la gratuité scolaire totale, en utilisant la même méthode (de vue plus globale sur la société), à 176 M$ pour l’année 2008-2009, soit 1,2 % du budget en éducation.11

Grève ou boycottage?

Chez les libéraux, les sophismes et la démagogie sont roi, ainsi le premier minus John James Charest et la sinistre de l’éducation Line Beauchamp niaient même qu’il s’agit d’une grève, nous faisant la pédagogie (démagogie) en nous apprenant qu’il faut plutôt parler d’un boycottage. Or, sur le site de l’OQLF, un organisme du gouvernement du Québec, nous pouvons lire la définition suivante.

« grève politique n. f.
Définition :
Grève dont l’objet est d’amener le gouvernement à modifier sa politique ou son attitude sur un point donné. »12

L’objectif était simple et il a même fonctionné chez quelques personnes de mon entourage (généralement pro-PLQ), il visait simplement à discréditer une fois de plus le mouvement de grève.

Dénoncer la violence.

Le dicton dit, traditionnellement, « sois belle et tais-toi », nous pourrions cependant l’adapter à la situation actuelle, le résultat serait ainsi : « sois pauvre et tais-toi! » En effet, à la suite des injonctions de la cour et aux demandes (exigences) de Line Beauchamp faites aux professeurs visant à les obliger à donner leurs cours.

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, réclamait que tous les meneurs (leaders) de la société, ainsi que les meneurs du mouvement de grève, devaient dénoncer les actes de violence. Je ne suis pas un meneur, mais pour ma part, je souhaite dénoncer la violence du parti au pouvoir dans tout ce dossier. Parti qui a refusé de dénoncer la violence policière commise le 1er mars à Québec13, le 7 mars à Montréal14 ou encore celle du 19 avril à Montréal, Québec et Gatineau15 pour ne citer que ces quelques exemples (parmi tant d’autres).

D’ailleurs, quand John James Charest va en chine pour discuter affaire (afin de leur céder notre sous-sol), exige-t-il du gouvernement Chinois qu’il condamne la violence faite envers les Tibétains, les ouïgours, les Mongoles, les Chinois eux-mêmes et j’en passe, avant de s’assoir avec eux…. la réponse est simplement non. Le gouvernement sait très bien ce qu’il fait en exigeant l’impossible, puisque le porte-parole ne peut pas dénoncer ces actes en tant que porte-parole, il vise simplement à exclure la véritable opposition, qui représente 47 % des étudiants en grève, de la table de discussion.

En conclusion.

Bien que le mouvement d’appuis à la hausse se dise « socialement responsable », il prône pourtant la responsabilité individuelle au détriment de la responsabilité (solidarité) sociale. Personnellement, je n’ai jamais compris la droite qui veut vivre en société tout en défendant l’individualisme à tout craindre. De plus, la hausse des frais de scolarité est non seulement évitable, mais elle est fort probablement nocive à notre société. Le gouvernement tente de nous faire avaler la pilule sous prétexte qu’il s’agit d’une nécessité, mais il est question ici, à mon avis, d’un simple débat autour d’une idéologie, celle du PLQ.

Il est clair pour moi que la sinistre de l’Aiducawssion, Line la pépine, et son équipe de mercenaires libéraleux, maintenant connue sous le nom des petits, creusent le fossé social à grands coups de pelle mécanique. Notre État social démocrate, si cher à nos yeux, tombe tranquillement vers un monde où l’individualisme et l’iniquité sont roi.

J’ai entendu plusieurs slogans dans les diverses manifestations auxquelles j’ai pris part, mais il y en a un en particulier qui me paraît excellant vu la conjoncture : « La grève est étudiante, la lutte est populaire! », il s’agit bel et bien ici d’un débat de société et non pas d’un prétexte pour prendre de belles grandes marches quotidiennes.

La question que doit se poser la société québécoise est : quel est le rôle que nous voulons donner à l’éducation, la transmission du patrimoine culturel, intellectuel et scientifique et la formation du jugement critique ou bien une manufacture à employés, à brevets et à prêt-à-penser?

De ces petits libéraleux,
Vraiment,
Jean Némar


1. http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/…?type=2&file=/C_12/C12.HTM
2. http://www.plq.org/fre/grands-projets/le-plus-vaste-chantier-…-17.html
3. http://www.radio-canada.ca/regions/…-penalite-financiere-concordia.shtml
4. http://www.plq.org/fre/grands-projets/l-education-une-force-economique-16.html
5. http://www.iris-recherche.qc.ca/…les_frais_de_scolarite
6. ibid.
7. http://www.cyberpresse.ca/actualites/…-tableau-blanc.php
8. ibid.
9. http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/…Education.pdf
10. Gabriel Ste-Marie, Un sacrifice financier démesuré et peu rentable, l’aut’journal no 308, avril 2012
11. ibid.
12. http://www.granddictionnaire.com/BTML/FRA/r_Motclef/index800_1.asp
13. http://www.journaldemontreal.com/2012/03/01/les-etudiants-debarquent
14. http://www.cyberpresse.ca/…-en-colere.php
15. http://www.radio-canada.ca/…etudiants-conflit-jeudi.shtml

Le français encore remis en question.

Christine St-Pierre, ministre de l'acculture. - Jean Némar

Dû au récent « scandale (en fait, il aurait dû en être un, mais…) » au sujet de certains cadres de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), de celui à propos des cadres de la Banque Nationale du Canada (BNC), de l’impossibilité de travailler en français dans les bureaux de Bombardier et de nombres d’autres affaires du même ordre; il y avait avant hier soir un débat sur la place du français au Québec au Téléjournal National de Radio Canada1.

Lors de ce débat, Tasha Kheiriddin nous rappelait, avec tout son pragmatisme, à quel point il coutait cher au Québécois de vouloir préserver le français et elle remettait en cause la pertinence de vouloir le préserver à tout prix au Québec. Elle affirmait que dans ce prix il y avait le fait que nous allions nous priver de compétences et que le pauvre David Smith, qui ne peut pas s’adapter au français (pourquoi?), en était un exemple. Si ce qu’elle dit est vrai, que dans une société à majorité francophone on ne peut trouver personne qui parle français d’assez compétent pour diriger des institutions telles que la CDPQ, nous avons un sérieux problème, mais que voulez-vous (comme disait Jean Crétin), au Québec, notre statut de colonisé nous mène souvent à croire que la compétence est toujours forcément chez l’autre, le conquérant (d’autre fois?). J’aurais bien aimé que Jean-François Lisée, seul intervenant pour l’application la loi 101 sur un panel de quatre, lui retourne la médaille en remettant en question la place de l’anglais au Québec et les coûts qui lui sont imputables. Combien coûte-t-il au Québécois de maintenir un système de santé anglais, de construire deux CHUM plutôt qu’un, de maintenir un système d’éducation anglais? C’est un fait, maintenir le système anglais au Québec a un prix et ce prix n’est pas que d’ordre économique, mais aussi d’ordre culturel. En effet, le simple fait de donner le beau jeu à l’anglais au Québec fait en sorte que cette langue a une force d’attraction beaucoup plus grande que le français, l’assimilation le démontre bien. Cela dit, M. Lisée a tout de même démontré que le coût en compétences était aussi vrai de l’autre côté de la médaille en faisant valoir que certains cadres supérieurs francophones bilingues de la CDPQ et de la BNC avaient quitté leur poste puisqu’ils ne voulaient plus travailler dans un environnement anglophone. Bon point!

Toujours la même Tasha Kheiriddin, excusait les décisions du gouvernement Harper dans l’octroi de postes à des unilingues anglais (vérificateur général, directeur des communications) en disant qu’au Canada anglais, il n’y avait pas de telles mesures puisque l’anglais n’y a jamais été menacé et que ce n’était que la compétence qui comptait et non pas la langue parlée, au moment de l’embauche. Cela n’est pas tout à fait faux, mais c’est juste un petit peu hors sujet. Si nous voulions vraiment comparer ces réalités, il faudrait demander si une personne ne parlant pas anglais serait engagée à ces fonctions au Canada anglais et je vous garantis que la réponse à cette question serait, sans équivoques, non.

Il a aussi été évoqué, lors de ce débat, que l’anglais ne gagnait pas de terrain à Montréal et que c’était plutôt les allophones qui en gagnaient, cela est simplement ridicule, l’allophone n’est pas une langue et les allophones doivent donc s’assimiler à une des deux langues d’usage. Devinez donc à qui cela profite. On disait qu’une personne sur dix, seulement, était unilingue anglophone à Montréal, mais cela ne signifie pas qu’une personne sur dix qui ne peut pas parler français, car, le bilinguisme ne se limite pas au fait de parler anglais et français, mais de parler deux langues quelles qu’elles soient, chez les allophones, le français ne fait pas nécessairement partis des langues parlées. De plus, la loi 115 — passée sous le baillons — par John James (dit Jean) Charest et Christine St-Pierre, va encore une fois, amplifier cette réalité.

Personne dans ce panel n’a remis en question l’impératif de la connaissance de l’anglais pour faire des affaires à l’international; d’accord, l’anglais est la troisième langue la plus parlée au monde et donc très utile, de plus il semble y avoir consensus, l’anglais est la langue des affaires, mais en quoi est-ce nécessaire? Jusqu’à tout récemment, nous faisions appel à un interprète lorsque les interlocuteurs parlaient des langues différentes. Comprenons-nous bien, je ne dis pas qu’on ne doit sous aucun prétexte apprendre l’anglais, bien au contraire; apprendre des langues — par volonté et intérêt personnel sur une base individuelle — est une bonne chose à mon avis. Mais je ne comprends pas en quoi ce doit être un impératif, ce devrait, selon moi, être tout au plus un atout.

De la remise en question de la pertinence de notre culture,

Vraiment,

Jean Némar


1. http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/CBFT/Telejournal201112082200.asx

L’évolution du PLQ (1960-2011)

Jean Lesage, Robert Bourassa, Daniel Johnson (fils), John James (Jean) Charest : de maîtres chez nous à traître chez nous. Jean Némar

Voici la chaîne de l’évolution du PLQ selon Jean Némar. De 1960 à 2011, de Lesage à Charest en passant par Bourassa et Johnson (fils), de « Maîtres chez nous » à traître chez nous!