Joly contre Coderre, lutte fratricide

Lutte fratricide - Jean Némar


Mélanie Joly nous promet LE VRAI changement pour Montréal. Elle prétend qu’en élisant Denis Coderre, rien ne changera1 (pour une fois nous sommes d’accord!).

C’est quand même drôle comment ceux qui prétendent être l’incarnation même du changement reproduisent justement la façon de faire des « vieux partis » ou « vieux politiciens ».

Tiens! Pour du vrai changement, il faudrait peut-être ne pas élire un maire d’allégeance libérale.

Gérald Tremblay (Montréal) = Libéral
Michael Applebaum (Montréal) = Libéral
Gilles Vaillancourt (Laval) = Libéral
Richard Marcotte (Mascouche) = Libéral
Michel Lavoie (Saint-Rémi) = Libéral

Denis Coderre (Candidat à Montréal) = Très très libéral
Mélanie Joly (Candidate à Montréal) = Libérale


1. Écouter sur soundcloud.

La maison brûle!

Jean Charest - La maison brûle! - Jean Némar

J’ai longtemps cherché de quelle façon j’allais aborder le sujet dont il est question ici. Je suis venu à la conclusion que je ne devais pas chercher à convaincre de voter pour qui que ce soit, mais qu’il serait préférable d’expliquer ce qui motivera mon vote; pourquoi je voterai contre le Parti libéral du Québec (PLQ) et dans une moindre mesure contre la Coalition avenir Québec (CAQ). J’invite, en particulier, les gens qui rejettent le vote stratégique à lire ce texte et à le commenter. Confronter les idées divergentes est la meilleure façon que je connaisse de les faire évoluer. Je ne cherche en rien à discréditer les gens qui votent selon leurs convictions, je le ferai moi-même aux prochaines élections, mais de façon stratégique et voici pourquoi.

Le principe

Voter « stratégique », ça consiste en quoi? Au moment du vote, trois options s’offrent à nous, nous avons le choix entre voter pour un parti ou un candidat, voter contre un parti ou un candidat ou annuler son vote. Le vote stratégique c’est donc, en gros, de voter contre un parti ou un candidat.

La conjoncture

La conjoncture aura rarement été aussi favorable à l’indépendance du Québec, d’un autre côté la situation a rarement été aussi critique. Bien que la plupart des candidats des tiers partis nient complètement que l’heure est grave, la démolition du Québec entamé par le PLQ dépasse toutes les limites connues. Jean Charest et son équipe de vautours risquent d’atteindre leur but, de rendre l’indépendance du Québec inaccessible, s’ils reprennent le pouvoir. D’un autre côté, il y a la CAQ qui refuserait de nous laisser sortir du Canada, si les Québécois jugeaient que la conjoncture est idéale pour que nous puissions enfin nous émanciper.

L’échiquier politique

Tout le monde connait l’expression échiquier politique, plusieurs l’utilisent sans jamais avoir pris le temps d’y penser, cette expression est pourtant très révélatrice. Je suis de ceux qui voient la politique comme une partie d’échec où l’on déplace ces pièces essayant d’anticiper deux coups d’avance les déplacements de la partie adverse. Je crois d’ailleurs que John James (Jean) Charest est probablement un excellent joueur d’échecs, sans quoi il n’aurait jamais pu se maintenir à la tête de l’État du Québec et briguer un quatrième mandat de suite. Le dernier à avoir réussi cet exploit étant Maurice Duplessis, il avait su se maintenir au poste de premier ministre du Québec pendant 15 ans d’affilée, il avait été élu en 1944, 1948, 1952 et 1956 à la tête de l’Union nationale. En 9 ans de pouvoir, M. Charest a égalé ou battu plusieurs records jusque-là détenus par M. Duplessis, espérons seulement qu’il n’égalisera pas celui-ci.

En politique comme aux échecs, pour être certain de ne pas tout perdre, il faut parfois sacrifier la reine afin de sauver le roi. Or, je crois que l’enjeu de cette élection est la survie du Québec que l’on aime. Le sabotage a assez duré, après 9 ans de saccages de nos institutions, de notre économie, de notre environnement, de notre sous-sol, du peu de démocratie que l’on avait, de nos services publics, du bien commun, de notre État providence et ainsi de suite. J’y reviendrai plus en détail plus bas. Une élection qui consacrerait John James premier ministre pour une quatrième fois risquerait bien d’être le coup qui mettrait le Québec échec et mat.

Le devoir de vote

Les discussions sont animées depuis le déclenchement des élections le 1er août dernier, on sent un engouement pour les élections du 4 septembre, le printemps québécois aura au moins eu comme victoire de réintéresser bien des gens à la chose politique. Espérons que les gens se prévaudront de leur droit, ou s’acquitteront de leur devoir, de vote, cette fois-ci, car, rappelons-le, aux élections générales de 2008, un faible 57,33 % des gens avait fait entendre leur voix. Plusieurs rejettent l’idée même du vote, ce rejet s’explique souvent par un désabusement envers la classe politique ou un rejet systématique de tous les candidats. D’autres croient pouvoir changer les choses en boycottant les élections, personnellement je crois que pour faire avancer les choses nous devons les pousser, petit à petit, en votant continuellement pour la moins mauvaise option et en maintenant une pression constante sur nos élus.

L’argumentaire

Dans les nombreuses discussions que j’ai eues avec les gens de mon entourage, il a souvent été question de vote stratégique. Je vous donne donc ici quelques arguments qui m’ont été donnés, suivis de ma façon de voir les choses.

Le financement public des partis

« Je voterai par convictions afin que le parti que j’aime le plus obtienne du financement public grâce à mon vote. »

La loi régissant le financement des partis politiques1, section VI, article 56, stipule ceci : « L’allocation visée dans l’article 55 se calcule en divisant entre ces partis, proportionnellement au pourcentage des votes valides obtenus par ces derniers aux dernières élections générales, une somme égale au produit obtenu en multipliant le montant de 0,25 $ par le nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales préparées et révisées conformément à la Loi sur les listes électorales (chapitre L-4.1) lors du dernier recensement annuel. » En clair, ça veut dire quoi? Prenons les dernières élections générales comme exemple.

Le nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale était de 5 738 811.
Le pourcentage de vote valide recueilli par Québec solidaire a été de 122 618 soit 3,78 % du vote total.
Le calcul est le suivant. ((5 738 811 * 0,25 $)*0,0378)/122 618 = 0,44 $

Donc, chaque vote attribué à Québec solidaire en 2008 a donné 0,44 $ par année au parti, en terme purement financier évidemment. C’est pourquoi je préfère voter de façon stratégique et faire des dons de 5 $ (par exemple) aux partis que j’aime vraiment.

La caution morale

« En votant contre un parti que je déteste, je me trouve à donner ma caution morale à un parti que je n’aime pas vraiment. »

Bien que cet argument se tienne, je crois qu’il est préférable de voter contre un parti qui ne doit en aucun cas (re)prendre le pouvoir et donner sa caution morale à un parti qui représente nos valeurs en y adhérant, donc en prenant sa carte de membre. Un parti qui obtiendrait un grand nombre de votes, mais qui serait incapable de recruter des membres devrait normalement comprendre le message.

Un parti qui représente mes valeurs

La politique c’est stratégique et mathématique et en votant émotif on risque, la plupart du temps, de se retrouver avec l’option qui se retrouve le plus à l’opposé de ce pour quoi l’on aurait voté. À moins, bien sûr, d’avoir la chance de pouvoir voter de façon stratégique tout en votant selon nos émotions… Ainsi, un électeur votant pour un tiers parti progressiste et indépendantiste risque de se voir représenté par un député fédéraliste de droite.

Les risques inhérents au vote utile

Bien que dans un mode de scrutin uninominal à un tour le vote stratégique soit souvent nécessaire, il existe, toutefois, des risques au vote stratégique. Outre le fait qu’il soit possible de se tromper et d’être amèrement déçu de son vote, le vote stratégique peut aussi s’avérer risqué nous emprisonnant dans une rotation stérile des principaux joueurs ne laissant pas de place aux partis émergents. D’où la nécessité de réformer notre système électoral. Le grand problème ici, c’est que bien que des partis l’ont eu ou l’ont encore dans leur programme, quand vient le temps de voter un projet de loi à l’Assemblée nationale, la plupart des députés votent contre… Nous pourrions, cependant, atteindre ce but avec l’aide des référendums d’initiative populaire (RIP).

Un autre des grands risques à inciter les gens à voter stratégiques est évidemment une recrudescence du cynisme. Depuis longtemps maintenant, nous nous plaignons du désintéressement des « jeunes » à la politique; maintenant que cette tendance semble vouloir enfin s’estomper, inciter ces « jeunes » à voter pour un parti qu’ils n’aiment « pas plus que ça » peut certainement en rendre plusieurs cyniques envers la classe politique.

Les deux grands inconnus

Parmi les deux grands inconnus de cette élection, il y a, bien évidemment, le vote pressenti de la jeunesse québécoise. En effet, notre jeunesse a été sournoisement attaquée par le parti libéral (et aussi par la CAQ qui a adopté la même position que les Libéraux et voté, je le rappelle, pour l’adoption de la loi 12 (projet de loi 78)) et nous pouvons nous attendre, quoique rien ne soit jamais certain, à une participation record de ceux-ci aux élections qui arrivent. Ce vote constitue d’autant plus un inconnu que les 18 à 35 ne sont généralement pas très bien représentés dans les sondages.

Le deuxième inconnu est la division du vote fédéraliste. Autant l’offre indépendantiste que l’offre fédéraliste n’ont jamais été si grandes. Avec 18 partis politiques dont 6 majeurs (Parti Québécois, Option Nationale, Coalition avenir Québec, Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti vert du Québec), il n’est pas impossible que les votes qui sont généralement attribués au PLQ ne soient pas favorables au parti qui n’a désormais de libéral que le nom. Cela est sans compter que les deux empires médiatiques semblent avoir pris parti pour la CAQ. Ceci était prévisible venant de Quebecor, mais l’Empire Gesca, qui détient entre autres La Presse et Le Soleil, semble aussi avoir délaissé partiellement le PLQ afin d’appuyer la CAQ. Il faut dire que c’est Lucien Bouchard, bon ami du magnat de La Presse, Paul Démarais, qui est à l’origine de la création de la CAQ.2

Les grands enjeux

L’île d’Anticosti

Les gens qui cherchent l’information vraiment et qui n’attendent pas que nos grands médias la leur servent sur un plateau d’argent savent que le seul pétrole de l’île d’Anticosti est évalué à une valeur actuelle d’environ 4000 milliards de dollars (4 trillions $) et que le parti libéral l’a cédé, sans en avoir obtenu le mandat, à des compagnies privées alors que ce pétrole appartient à tous les Québécois. Le pétrole du Québec a été nationalisé dans les années 60. Daniel Breton a d’ailleurs qualifié cette dépossession des Québécois de vol du siècle et a porté plainte3, contre Jean Charest et son gouvernement, à la sureté du Québec pour vol de nos ressources. Bien évidemment, nos bien-pensants médias n’ont pas jugé pertinent de relayer l’information de façon adéquate. Nous en avons entendu parler le jour même, et le lendemain, le peuple qui se souvient avait oublié.

Nous pouvons être pour ou être contre l’exploitation du pétrole d’Anticosti, mais une chose est certaine, si nous prenons le risque de l’exploiter, c’est tout le Québec qui doit en bénéficier… Si les libéraux sont réélus, nous n’aurons droit ni au beurre ni à l’argent du beurre. Ce dossier est à mon avis le principal enjeu de cette campagne électorale.

Les accords de libre-échange Canada-Europe

Les accords de libre-échange Canada-Europe représentent aussi un des enjeux critiques de cette élection. La teneur de ces accords est tenue secrète, mais l’information dont nous disposons nous laisse présager du pire. Le gouvernement Harper aurait trouvé la manière de modifier l’esprit la Constitution, sans y toucher directement. Le Québec se trouverait en fait contraint de respecter des traités internationaux qu’il ne pourrait modifier, car seul le Canada aurait l’autorité de le faire. Il n’est pas très difficile à comprendre que le Québec a énormément à perdre dans ce dossier.

Je vous recommande de lire un texte4 qu’a publié Richard Le Hir sur le site vigile.net à ce sujet.

Le Plan Nord

Une des plus grandes magouilles du PLQ et de son chef Johnny James est sans aucun doute le Plan Nord. Si l’on résume ce plan maléfique, on pourrait dire que le PLQ désire utiliser des fonds publics afin de permettre à des entreprises privées, le plus souvent étrangères, d’extraire nos ressources non renouvelables tout en saccageant notre environnement. Et ils osent appeler ça du développement durable! Bien que le seul argument qui puisse justifier la mise sur pied d’un si grand projet qui rapportera si peu au Québécois, si gain il y a (et j’en doute), soit bien évidemment la création d’emplois, mais là encore, le bât blesse. Plusieurs avancent que parmi les 50 000 emplois qu’il prétend créer par année une grande partie de ceux-ci découlerait en fait de la mise en chantier, ce qui ne durera évidemment pas très longtemps. D’ailleurs, les emplois créés par un tel plan ne peuvent durer puisqu’ils découlent de l’exploitation de ressources non renouvelables.

Le site vigile.net regorge d’information pertinente sur ce sujet, pour le moins, controversé.

Vers la privatisation d’Hydro Québec

Autant l’élection du PLQ que celle de la CAQ sont inquiétantes en ce qui a trait à la privatisation d’Hydro Québec (HQ). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si La Presse a offert une couverture médiatique très favorable à la CAQ, estimant que son pion Charest était brûlé, la machine de propagande de l’oncle Paul a vite fait de se trouver un plan B.  La tentative d’acquisition d’Énergie Nouveau-Brunswick par HQ suivait d’ailleurs la logique de la privatisation, nous devons une fière chandelle à la province voisine, qui s’est opposée au projet, sans qui la privatisation de notre principal actif aurait été plus que probable.

Les dérives autoritaires

Le gouvernement voyou de John James n’a pas hésité à utiliser son bras armé qu’est la police et à bafouer nos droits reconnus dans la constitution du Canada, dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et les traités internationaux que nous avons signés, en créant le conflit étudiant de toutes pièces et en le maintenant savamment afin de se donner une image forte, incarnant l’ordre et l’autorité. Bien que M. Charest avait qualifié de grotesque les allégations selon lesquels il s’était « magasiné » un conflit par calcul électoral il s’est avéré que ces allégations étaient fondées. En effet, ce n’est pas un hasard si la date de retour en classe était prévue en plein milieu de campagne électorale, nous l’ignorions alors, mais lui le savait très certainement. Il n’avait cependant pas prévu que les étudiants allaient lui enlever sa seule planche de salut en rentrant calmement à leurs cours sans scandales et sans casse. Bien que certains ont vu d’un bon œil le fait que le gouvernement ne pliait pas devant les étudiants, il n’en reste pas moins que les droits et libertés fondamentaux des Québécois n’avaient pas été aussi compromis depuis la tristement célèbre loi de mesures de guerre de Pierre Eliott Trudeau et Robert Bourassa. Il faut tout autant s’inquiéter de la CAQ qui a aussi voté pour l’instauration de l’inique loi 12 (mieux connue sous le nom de loi 78 qui était en fait le nom du projet de loi avant qu’il soit adopté).

Le français en péril

Bien que Jean Charest nous dit que tout va bien dans le meilleur des mondes en ce qui a trait à la situation du français au Québec, son gouvernement a tout fait afin de nous angliciser le plus rapidement possible. Avec l’enseignement de l’anglais dès la première année, l’enseignement intensif de l’anglais en 6e année, la loi 115 qui permet les écoles passerelles et son laxisme patent pour faire respecter la loi 101. La situation est critique, le français est passé sous la barre de 50 % dans la métropole. Et l’anglosphixie se répand à travers le Québec.

L’accès à l’éducation

Comment passer outre l’enjeu qu’est l’accès à l’éducation? Bien que celui-ci n’ait pas d’impact direct sur notre sacro-sainte économie, les répercussions indirectes sont immenses. Un pays éduqué est un pays riche, libéraux et caquistes semblent, toutefois, ignorer ce fait avéré. Le meilleur investissement que puisse faire une nation est d’éduquer son peuple. L’éducation est le principal générateur d’une économie saine, d’une population en meilleure santé et plus apte à trouver des solutions aux défis qu’elle rencontre. Nous devons nous méfier de ceux qui voient une menace dans l’éducation du peuple, car l’éducation est la plus grande force émancipatrice et ceux qui la craignent cherchent assurément à nous maintenir dans notre asservissement.

Mon plaidoyer

Il me parait évident qu’il y a, en ce moment, péril en la demeure au Québec. Pendant que la maison brûle, plusieurs se demandent de quelle couleur devrait être la tapisserie. Je crois qu’il y a urgence d’agir et que nous devrions voter stratégique même s’il faut que nous nous bouchions le nez au moment du vote. Il est impératif de sortir les libéraux et si possible de bloquer la CAQ, il en va de l’avenir du Québec. Pour l’instant une seule certitude, l’élection du 4 septembre prochain sera historique, nous sommes à la croisée des chemins et il se pourrait fort bien que si les libéraux réussissent à se faufiler, nous franchisions le point de non-retour. Si tel est le cas, le sort du Québec sera scellé et les perspectives d’avenir seront extrêmement sombres.

Personnellement, à ces élections, je voterai selon mes convictions, je voterai donc stratégique.

Je vous propose de jeter un coup d’œil au document en lien qui a été publié par le site Too close to call auquel j’ai ajouté les deux premiers onglets. Vous pourrez toujours vous en servir afin de voter stratégique si vous décidez de voter ainsi.

De la droite réactionnaire…

Jean Némar 


1. http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/…
2. http://jeannemar.com/lucien-bouchard-pirate-quebecois/
3. http://www.youtube.com/watch?v=oaG4i4P0H9I
4. http://www.vigile.net/Libre-echange-Canada-Europe

La CAQ-o-phonie…

François Legault, François Rebello, Dr Gaétan Barrette, Charles Sirois, Lucien Bouchard,  Gérard Deltell, Jacques Duchesneau - Jean Némar

La Coalition avenir Québec (CAQ) est une bien étrange formation politique. Ce nouveau-né de la politique québécoise semble pourtant avoir hérité de l’appui des deux grands empires médiatiques (Quebecor et Gesca), phénomène qui en laisse plusieurs perplexes. Je comparerais cette entité à un schizophrène qui entend des voix dans sa tête et ne sait plus trop laquelle écouter. Un triste personnage qui, d’un jour à l’autre, dit une chose et son contraire; coincé dans une éternelle cacophonie. La CAQ-o-phonie. Le logo très coloré de la CAQ, digne d’une marque d’antidépresseurs, vise probablement à nous faire oublier à quel point ce parti est gris.

Je vous propose ici, un regard sur la CAQ et quelques-uns des personnages burlesques de cette triste comédie.

Le chef : François Legault1

Opportunisme n.m, Attitude consistant à placer ses intérêts immédiats au-dessus de ses principes.

François Legault est soit une girouette qui tourne au gré du vent soit un menteur soit les deux. Anciennement souverainiste impatient et convaincu, il fait un retour en politique active il y a moins d’un an pour fonder un parti politique fédéraliste. Il a d’abord expliqué que les Québécois ne voulaient plus entendre parler d’indépendance et qu’il était donc normal d’aller dans le sens de la population. Qu’un comptable démagogue de centre-droite fasse preuve d’opportunisme n’a rien d’étonnant, mais François Legault ne s’est pas arrêté là. Il a ensuite dit sur les ondes de Radio-Canada qu’il n’était plus souverainiste pour finir par nous dire qu’il voterait « non » à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec.

M. Legault affirme avoir fait un retour en politique afin de régler les vrais problèmes du Québec, entre autres en santé et en éducation. Or, en 2003, il affirmait haut et fort que le Québec était ingouvernable en tant que province2 et que pour régler les problèmes en santé, en éducation et dans la plupart des autres domaines, le Québec devait être indépendant.

Dans la présente campagne électorale, il ne semble pas savoir comment se positionner comme une option crédible par rapport au PQ et au Parti libéral du Québec (PLQ), il répète donc ad nauseam que le PQ a les mains liées par les syndicats et que le PLQ ne peut se permettre d’entrer en conflit avec le fédéral (pourquoi la CAQ le pourrait-elle plus en tant que formation fédéraliste?), mais que lui a les mains libres. Je trouve plutôt étonnant qu’il affirme avoir les mains libres et propres, car si celles du PQ sont liées par les syndicats, lui les a très certainement liés par les milieux des affaires et le conseil du patronat, envers qui il aura une immense dette s’il est élu. De plus, François Legault affirme que son parti est incorruptible (vraiment?), mais il a pourtant déjà plusieurs taches à son dossier.

Citons d’abord l’article de Jean-Claude Pomerleau, paru sur le site vigile où il posait la question qui tue 3.

« J’aurais été tenté de croire que M. François Legault agissait de bonne foi (en créant la CAQ), jusqu’au moment où La Presse nous apprend qu’il avait pressenti Monique Jérôme Forget pour rallier son équipe. Madame la Sacoche elle-même qui était la ministre en charge [sic] de la Caisse de dépôt et placement du Québec et qui l’a transformée en Caisse électorale de dépôt lors des élections de 2008. Ce que M. Legault, alors critique de l’opposition des institutions financières ne pouvaient [sic] ignorer; non plus que le coût de cette manœuvre, bassement électorale, qui a entraîné des pertes accrues de 3 milliards pour la Caisse en 2008-09. »

Ensuite, un journaliste de La Presse, ayant lu un essai de l’ex-journaliste Gilles Toupin nommé « Le mirage François Legault », nous apprenait le 1er août dernier que :

« Les recherchistes du PQ découvrent que Charles Sirois, à la tête du holding Télésystème, est un acteur central des FIER au Québec. Le PQ se rend compte que Sirois tire parti des faiblesses du programme, relate Gilles Toupin. Les questions sont rédigées. Il est pour ainsi dire minuit moins cinq, et tout est prêt pour lancer la frappe. Mais François Legault dit non; il refuse de faire le travail. Il s’abstient complètement. »

En plus de vouloir épargner Charles Sirois, avec qui il créera la CAQ deux ans plus tard, M. Legault aurait aussi craint pour sa fortune personnelle après avoir reçu une mise en demeure de proches des libéraux, avance Gilles Toupin.

L’auteur décrit ensuite un caucus du PQ médusé par un discours de François Legault qui veut diminuer l’intensité des attaques de son parti envers Jean Charest pour s’attaquer aux « vraies affaires ».4 (mes caractères gras)

Côté incohérence, François Legault bat tous les records! Il affirmait, lors du débat des chefs, être amoureux de la langue française et de la culture québécoise, il a de plus dit vouloir faire respecter la loi 101, sans la renforcer. Il s’est par contre abstenu de répondre aux questions quant à la façon à utiliser pour abolir les écoles passerelles sans causer de « chicane » avec le gouvernement fédéral et la Cour suprême du Canada. M. Legault n’est d’ailleurs pas très crédible dans ce dossier puisqu’il est allé chercher l’appui des grands pourfendeurs de la loi 101 que sont Robert Libman et William « Bill » Johnson.

Finalement, j’ai été très surpris de voir apparaître le PLQ en faisant une recherche sur les dons qu’avait faits François Legault à des partis politiques sur le site du DGE, 500 $ en 2000 et 1000 $ en 2004. Un homonyme peut-être! Qui sait?

L’autorité morale : Jacques Duchesneau

La CAQ se targue d’être incorruptible et présente son candidat Jacques Duchesneau comme une assurance tous risques contre la corruption. Or, bien que M. Duchesneau soit présenté comme un incorruptible, son passé n’est pas tout à fait immaculé et une des taches qu’il traine sur son tablier nous vient du PLQ. « L’ancien ministre Tony Tomassi, inculpé mardi pour fraude et abus de confiance, a travaillé dans l’équipe de Jacques Duchesneau lorsque ce dernier a été candidat à la mairie de Montréal en 1998. Mais les deux ne s’entendent pas sur le rôle que M. Tomassi a eu, selon les vérifications faites par Le Devoir en mai 2010 et hier. »5

M. Duschenau s’est certes très bien placé dans l’opinion publique en coulant son propre rapport au grand dam du gouvernement libéral de John James (Jean) Charest, mais tout porte à croire qu’il a fait ceci par intérêt personnel, afin d’avoir la population de son côté pour se lancer en politique active. Peu importe le nombre de saletés que l’on cache sous le tapis, ce qui compte c’est la grande séduction.

Voici quelques raisons qui me mènent à douter de la moralité de ce prétendu sauveur du Québec.

Dans les années 80, Jacques Duchesneau, alors sergent-détective à l’unité des stupéfiants du SPCUM (ancêtre du SPVM), avait été blâmé pour abus de pouvoir dans l’Affaire Provençal.

En 1994, alors qu’il était le chef du SPCUM, M. Duchesneau avait tenu de propos très peu édifiants envers les immigrants en disant : « Il faut être sévère envers les immigrants qui viennent empoisonner notre société. Ceux qui commettent des crimes graves passibles de peines de dix ans ou plus. »6

En 1996, M. Duchesneau avait détenu illégalement plus de 70 personnes, dont 20 mineurs; la cour supérieure du Québec a condamné la Ville de Montréal à verser 1500 $ en dommages moraux et 1000 $ en dommages punitifs à chacun des manifestants détenus relativement à cette affaire.

En mars 2005, des allégations de conflits d’intérêts avaient été portées contre la personne de Jacques Duchesneau, alors qu’il était président de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA). La compagnie Garda World security, dont M. Duchesneau avait siégé au conseil d’administration (CA), avait obtenue, en 2004, trois contrats totalisant plusieurs centaines de millions de dollars de l’ACSTA.7

Puis en 2005, la compagnie Unicom, dont M. Duchesneau avait aussi fait partie du CA, obtenait un contrat de l’ACSTA totalisant 4,8 M$.8 Nous apprenions, en 2007, que le contrat unissant Unicom à l’ACSTA avait atteint une somme de près de 11 M$.9

Alors qu’il était à la tête de l’ACSTA, Jacques Duchesneau menait la belle vie sur le bras des contribuables. En 2007, La Presse nous apprenait que M. Duchesneau avait couté 97 278,28 $ en voyage pour la seule année 2005 et 58 020,96 $ en 2006.10 Le 29 avril 2008, Duchesneau a quitté son poste de président et chef de la direction, selon le chroniqueur Vincent Marissal, il aurait en fait été congédié.11

Celui qui prétend avoir enquêté sur la CAQ avant de s’y joindre n’a pas dû y mettre beaucoup d’énergie, car la jeune formation politique traîne déjà plusieurs boulets et il en fait peut-être lui-même partie. Il ne faut cependant pas se surprendre que la CAQ ait voté pour la loi 12 (projet de loi 78) à voir les candidats autoritaires qu’ils accueillent dans leurs rangs.

L’opportuniste : François Rebello12

Que dire de l’opportuniste François Rebello qui avait quitté le PQ en pleine crise pour se joindre à la formation qui détenait alors la position de tête dans tous les sondages? M. Rebello est probablement le personnage le plus cacophonique du parti. Il s’est d’abord joint à la CAQ prétextant vouloir faire un Québec plus vert, alors que le simple mot « environnement » n’apparaissait même pas une fois parmi les 20 propositions principales que le parti avait alors déposées. Il avait aussi affirmé, peu après avoir joint la CAQ, que le parti ferait avancer la cause souverainiste, il s’est vite fait remettre à sa place. Il s’est, par la suite, mis plusieurs fois le pied dans la bouche; citons, par exemple, sa déclaration selon laquelle le Québec devrait poursuivre en justice le gouvernement de Stephen Harper pour avoir retiré le Canada du protocole de Kyoto ou encore lorsqu’il a affirmé aux médias que la CAQ tenterait de limiter à « une voiture par famille » le nombre d’automobiles en circulation. Nous pouvons être d’accord ou pas avec ces propos, là n’est pas la question, mais son parti, lui, était très certainement en désaccord avec ceux-ci, résultat : une étrange CAQ-o-phonie.

M. Rebello s’était d’abord fait connaître pour son implication au sein d’associations étudiantes. Il avait été, en premier lieu, président de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), en 1993, puis de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) de 1994 à 1996. M. Rebello a tout de même voté pour l’adoption de la loi 12 (projet de loi 78), reniant du même coup, encore une fois, ses convictions. M. Alexis Goudreau, qui était du groupe des « 40 jeunes de moins de 40 ans », et qui avait quitté le groupe dû à l’appui de la CAQ au projet de loi 78, avait affirmé à propos de François Rebello : « Il me répétait encore qu’il fallait respecter les étudiants pour sortir de l’impasse et surtout pas sortir une matraque. Et il s’en va cautionner une loi comme ça. Franchement, il me déçoit complètement. »13

Le poids lourd : Gaétan Barrette

Celui qui hériterait du siège de ministre de la Santé dans un éventuel gouvernement caquiste, le Dr Gaétan Barrette, est un grand défenseur du système de santé à deux vitesses, ce que moins de gens savent, par contre, c’est que Charles Sirois, cofondateur de l’OBNL CAQ, et plusieurs de ses compagnies, dont Télésystème et Placements Charles Sirois, sont les actionnaires de contrôle de Plexo, une entreprise qui exploite des cliniques privées.14 Pas besoin de creuser trop loin pour comprendre d’où vient le fameux (fumeux?) projet-pilote pour tester la mixité public-privé en santé si chère aux yeux de Gérard Deltell et… de Charles Sirois.15 D’ailleurs, il est pour le moins paradoxal que le Dr Barrette se présente comme celui qui nous donnera accès à un médecin de famille (médecin généraliste) alors qu’il est à la tête du la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). Le ministre sortant de la Santé, M. Yves Bolduc, prévoyait d’ailleurs : « C’est quelqu’un qui va mettre la hache dans le réseau de la santé, assure-t-il, en prédisant un véritable chaos. Il veut rentrer en guerre avec les pharmaciens, il veut rentrer en guerre avec les médecins de famille. »16

Le docteur Barrette est d’ailleurs accusé de lobbyisme illégal auprès du gouvernement, lobbyisme dont la conséquence est que les radiologues détiennent aujourd’hui le monopole des cliniques privées d’imagerie médicale au Québec.17

Qui plus est, M. Barrette a donné 3600 $ au Parti libéral du Québec entre 2003 et 2006, il n’a cependant, selon le site du DGE, toujours rien donné à la CAQ. Bien qu’il y en aurait probablement plus à dire sur le Dr Barrette, j’en terminerai avec ce personnage en le citant, tout simplement.

« La loi spéciale? On s’en fout complètement. Parce qu’il n’y a pas de moyens de pression. Il y a seulement des individus viscéralement insultés par un ministre de la Santé [François Legault] arrogant et dictateur. »18

Le financement du parti

Le 1er janvier dernier (bonne année François!), j’apprenais dans La Presse qu’« au moins 14 employés d’Ernst & Young à Montréal ont versé plus de 10 000 $ à la coalition de François Legault avant qu’elle ne se transforme en parti politique. »19

Deux semaines plus tard, le 18 janvier, La Presse nous informait que l’ancien homme-fort de Robert Bourassa, Mario Bertrand, se joignait à la CAQ à titre de conseiller spécial du chef, François Legault.20 Rappelons que M. Bertrand avait trempé dans l’affaire M3I21 qui avait fait scandale.

La semaine suivante, le 25 janvier, je lisais dans Le Devoir que L’agent officiel de la CAQ, Marc Deschamps, avait été mis en cause dans le scandale du Faubourg Contrecoeur.22 Le député péquiste Bertrand St-Arnaud avait alors émis le commentaire suivant concernant l’affaire : « C’est renversant que le porte-parole de la CAQ ne trouve rien à redire. Finalement, on trouve ça correct que l’agent officiel du parti du maire et cofondateur du parti Union Montréal puisse siéger à un comité de sélection d’un projet lié à la Ville de Montréal. Même Gérald Tremblay trouvait que c’était un problème évident. »23

Puis le 31 janvier, dans La Presse, je lisais que pour la période allant du 14 novembre 2011 (date de création de la CAQ) au 31 décembre (date de parution de l’article) 45 des collègues de Me Mario Charpentier, responsable du financement du parti et patron du bureau de BCF à Montréal, avaient versé 20 000 $ à la CAQ. Selon Martin Koskinen, bras droit de Legault, la liste aurait alors été incomplète, ne comptant que 319 000 $ de dons, alors que la CAQ avait déjà récolté plus de 400 000 $.24

Le mois suivant, le 29 février, j’apprenais dans La Presse que la CAQ avait organisé une soirée de financement à 400 $ le billet précédé d’un souper privé sur invitation à 1000 $ le couvert. M. Legault s’était défendu en disant : « Je ne fais rien de différent de ce que je faisais au PQ », « La pratique est légale ». Rien de différend, pratique légale, certes!, mais pour un parti qui compte incarner le changement et dont le slogan, on ne peut plus démagogique, est : « C’est assez, [il] faut que ça change! », il aurait peut-être été judicieux, justement, de faire les choses autrement!25

Finalement (ai-je manqué quelque chose?), le 17 juillet, on pouvait lire dans La Presse que la CAQ exigeait dans son « manuel du candidat » qu’une activité de financement devait avoir amassé 25 000 $, trois jours avant l’évènement, sans quoi, l’évènement était annulé. Mais que voulez-vous? comme dirait l’autre, dans la vie, on est affairiste ou on ne l’est pas.26

C’est assez, faut que ça change!

La CAQ, qui pourrait très bien être rebaptisée le Parti mononc’ (PM), me semble déjà usée à la corde et pourtant, il n’a encore jamais vécu d’élections générales. Ce parti prétend incarner le changement, la belle affaire ! (rappelez-vous la campagne de l’ADQ «changement»), mais il me donne une ferme impression de PLQ rebaptisé. Après le printemps que nous avons connu, j’avais foi en mon Québec, je me disais « Nous ne sommes pas morts criss! ». Mais quand je regarde le traitement médiatique dont profite le parti de M. Legault, je me questionne encore sur l’état de notre « démocratie ». Quand je vois qu’un chef non élu est invité aux différents débats alors qu’un chef élu en est exclu, j’ai mal à mon Québec. Quoi qu’il en soit, j’ai la conviction que les gens qui voteront pour ce nouveau-vieux parti en espérant que ça change demain risquent, tout au plus, de contribuer à ce que le pouvoir change de main.

Plus ça change…

Jean Némar


1. http://jeannemar.com/legault-charest/
2. http://tvanouvelles.ca/video/587477374001
3. http://www.vigile.net/La-question-qui-tue,35379
4. http://www.lapresse.ca/actualites/…
5. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/…
6. Yann Pineau, « Duchesneau réclame une plus grande sévérité envers les criminels étrangers », La Presse, 22 août 1994, p. A3.
7. Glen McGregor, « Airport security boss once had ties to major contractor », The Ottawa Citizen, March 22 2005, p. A1.
8. Glen McGregor, « Air security boss linked to biometric firm », The Ottawa Citizen, November 19 2005, p. A5.
9. Le Journal de Montréal, « Duchesneau éclaboussé », Fabrice de Pierrebourg, 19 juin 2007
10. André Duchesne, « Plus de 650 000 $ envolés en voyages », La Presse, 1 juin 2007, p. A4.
11. http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/…
12. http://jeannemar.com/francois-revello-et-la-caq-sequelle/
13. http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/…
14. http://argent.canoe.ca/lca/affaires/quebec/…
15. http://www.lapresse.ca/actualites/…
16. http://www.ledevoir.com/societe/sante/…
17. http://www.lapresse.ca/actualites/…
18. Louise Lemieux. « Médecins spécialistes, Legault brandit une loi spéciale. Les moyens de pression commencent à mettre en péril la santé de la population » Le Soleil, 20 décembre 2002
19. http://www.lapresse.ca/actualites/…
20. http://www.lapresse.ca/actualites/…
21. http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_M3I
22. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/…
23. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/…
24. http://www.lapresse.ca/actualites/…
25. http://www.lapresse.ca/actualites/…
26. http://www.lapresse.ca/actualites/…

Une révolution qui émerge!

Le conflit étudiant n'est que la pointe de l'iceberg - Jean Némar

Il y a quelque temps, lorsque j’ai adopté le pseudonyme de Jean Némar, j’étais extrêmement cynique et désemparé. Désemparé devant le je-m’en-foutisme et la superficialité qui semblaient être les maîtres incontestés de notre société. Cette société que j’aime tant et qui pourtant semblait préférer se bourrer la tête de téléréalités de publicités et de magazines à potins, qui préférait, donc, la futilité et l’individualisme à l’engagement politique et citoyen. À ce moment, j’étais loin de me douter que, tout comme moi, plusieurs de mes contemporains et concitoyens ressentaient ce besoin urgent de réinvestissement collectif et de renouveau démocratique. Je suis, maintenant, de plus en plus certain que j’avais tort.

La crise économique de 2008 nous a été d’une très grande utilité. Plusieurs personnes qui, jusque-là, croyaient au système dans lequel nous vivons, qui osaient même le qualifier de démocratique et qui ont finalement compris que cette « démocratie » qui aurait dû être pour et par le peuple, n’était en fait qu’un leurre permettant aux grandes richesses de ce monde, de faire ses choux gras de l’exploitation de la très grande majorité de la population mondiale. C’est ainsi que, lorsque l’occident s’est empressé à sauver les banques qui étaient les architectes de la crise et à laisser crever le peuple, ce dernier a réalisé que tout ce système ne défendait aucunement les intérêts de la vaste majorité et ne travaillait que pour une infime minorité, soit l’élite économique.

Suivent le printemps arabe, le mouvement « occupons » et une mobilisation mondiale sans pareille dans les quarante dernières années. La démocratisation de l’information via l’internet en général et les réseaux sociaux en particulier risque d’entraîner la chute de la médiacratie et avec elle la chute de certaines formes d’oligarchies et de ploutocraties. D’où les nombreux projets de loi (ACTA, SOPA, PIPA…) qui visent à censurer l’internet.

Dans les médias traditionnels, la résistance se voit, car il est maintenant possible de s’informer sur ce qu’il nous cache. La révolution démocratique extraordinaire de l’Islande n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Nous pourrions aussi parler de la couverture médiatique tout à fait complaisante à l’égard de l’idéologie néolibérale et le parti au pouvoir à laquelle nous assistons en ce moment même dans le conflit étudiant, quoi qu’en dise la droite. La vérité, à mon avis, c’est que les médias au Québec, pour une des premières fois de notre histoire, se voient dans l’obligation de relayer de façon un peu moins partiale l’information (la formation?) et ce dû, justement, à l’explosion des sources d’informations. Ce qui, bien évidemment, choque ceux dont l’idéologie va dans le sens traditionnel des empires médiatiques.

Quoiqu’en disent les médias, tout ce conflit dépasse largement la grève contre la hausse de frais de scolarités et NON, ce ne sont plus « les étudiants » qui sont dans la rue, mais le peuple, du moins une bonne partie de celui-ci. La lutte étudiante n’est, à mon avis, que la pointe de l’iceberg et le meilleur reste à suivre.

Si nous pouvons affirmer avoir retiré quelque chose de bon de ces neuf années du règne néolibéral du PLQ, c’est probablement que leur hostilité envers le Québécois et le peuple en général, leur amour démesuré pour les multinationales et leur individualisme crasse auront réveillé le dragon qui dormait en nous. Il est plus que temps de reprendre le flambeau de la Révolution tranquille et que nous poursuivons la lutte, là où, bien d’autre avant nous, l’ont laissée, l’ont oubliée.

Vive la démocratie, vive l’indépendance.
De ces individus à listes,
Vraiment,

Jean Némar

La police politique du Québec (PPQ)

SS John James (Jean) Charest - SSPVM - SSQ - Police Politique - Jean Némar

Plusieurs personnes prétendent (et j’en suis) que les services de « l’ordre » du Québec en général et de la ville de Montréal en particulier, prennent de plus en plus l’apparence d’une police politique. Mais qu’en est-il vraiment?

La police politique, c’est quoi?

« Les polices politiques sont omniprésentes dans les régimes totalitaires. »1

« Elles sont souvent accusées d’être utilisées pour maintenir le pouvoir politique en place au lieu de protéger l’état de droit. »2

« [Elles] peuvent aussi employer des agents provocateurs pour inciter des adversaires politiques à exécuter des actes illégaux contre le gouvernement, sur quoi de tels adversaires peuvent être arrêtés. »3

« Les actes réalisés par les polices politiques sont la plupart du temps extrajudiciaires. Ils ne sont pas contrôlés par la justice, mais par un parti politique. »4

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai comme un sentiment que tout ça m’est, disons, familier. Le profilage politique semble s’être installé au Québec et nous devrions nous en inquiéter. Plusieurs citoyens arborant le carré rouge se sont plaints d’avoir été intimidés et parfois même brutalisés par les forces policières, alors qu’ils ne faisaient rien de mal et ne participaient même pas à une manifestation.

De plus, j’apprenais hier que la ville de Montréal envisage la possibilité de criminaliser les insultes faites à des policiers. Ainsi, face à un policier qui commettrait un abus de pouvoir, moral ou physique, voire même, violent, nous devrions tout au moins nous taire, voir l’en remercier.

En réponse aux événements récents?

En 2001, au Sommet des Amériques du Québec, la police avait, selon plusieurs, utilisé une force excessive, très souvent contre des manifestants pacifiques. Il a aussi été reconnu que deux agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) (Nicolas Tremblay et André Viel) avaient incité le groupe Germinal « à s’équiper et à s’armer davantage » afin de « percer le mur de la honte lors du Sommet des Amériques ».5, 6

« En 2003, il avait été reconnu dans la cause Engler-Stringer contre la Ville de Montréal, lancée à la suite d’une arrestation de masse en 2003, que le SPVM pratique une :  » discrimination fondée sur [les] convictions politiques  » ».7

En 2005, le Comité des droits de l’homme de l’ONU avait dénoncé les arrestations de masse réalisée par le SPVM, lors d’une manifestation. Ces arrestations visaient spécifiquement des militants associés à l’extrême gauche.8

En 2007, la Sureté du Québec (SQ) avait admis que des agents s’étaient déguisés en manifestants afin de les infiltrer lors du Sommet de Montebello. Bien que la SQ a nié que ces agents étaient là pour provoquer la foule, plusieurs témoins affirment le contraire.9, 10, 11

En 2010, des organisateurs de la manifestation, à Montréal, contre la répression policière qui avait lieu au G20 de Toronto, avaient repéré et rebuté des agents provocateurs qui tentaient de s’infiltrer dans la manifestation. Les agents auraient été filmé par Scott Weinstein, ce qui lui aurait valu d’être arrêté. Il a été relâché dans la soirée et sa caméra lui fut rendue, mais toutes les images qu’il avait prises auraient été effacées par la police. Il fut accusé sous un prétexte bidon, soit d’agression armée, l’arme en question étant son vélo.12, 13

En 2011, le chroniqueur, du pourtant très partisan quotidien La Presse, Patrick Lagacé signait un article où il faisait état d’une discussion qu’il avait eue avec un agent de la SQ dans laquelle celui-ci lui avait dit sans ambiguïté qu’il s’agissait d’un service de police politique.14

L’escouade de Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes (GAMMA) fondée en 2011 est reconnue pour faire du profilage politique.15

En conclusion

La police politique semble bel et bien faire des siennes au Québec et ailleurs en Amérique. Bien que les pays d’Amérique du Nord se disent démocratiques, nos libertés d’opinion et d’expression semblent être de plus en plus remises en question. Les exemples que j’ai cités dans cet article ne sont que quelques-uns qui se sont passés au Québec dans les dernières années.

Nous devons être vigilants et surtout ne jamais censurer notre esprit critique. La loi 78 adoptée depuis peu n’est qu’une pierre de plus à la mosaïque des atteintes à nos droits et libertés. D’ailleurs, Amnistie Internationale a publié un communiqué le 18 mai dernier, afin de dénoncer le projet de loi 78 et des limitations potentielles à nos droits fondamentaux que celle-ci pourrait entraîner.16

« Quand les bandits sont au pouvoir, la place d’un honnête homme est en prison »17

De ce gouvernement de plus en plus autoritaire,
Jean Némar


1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Police_politique
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. http://archives.lautjournal.info/autjourarchives.asp?article=261&noj=201
6. Le Devoir, « La taupe policière aurait incité les activistes à s’armer davantage », François Cardinal, 20 avril 2001, p. A1.
7. http://histoireetcivilisation.wordpress.com/2011/07/18/gamma-une-police-politique/
8. http://histoireetcivilisation.wordpress.com/2011/07/18/gamma-une-police-politique/
9. http://www.radio-canada.ca/regions/ottawa/2007/08/23/007-SQ-reax-youtube_n.shtml
10. http://www.youtube.com/watch?v=7S1nHvvkzvA
11. http://www.youtube.com/watch?v=91MDMQH4i_E
12. http://www.pacificfreepress.com/news/1/6528-quebec-surete-agents-provocateur…rally.html
13. http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=cLFS1Xarysg
14. http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/…police-politique.php
15. http://fr.wikipedia.org/wiki/…marginaux_et_anarchistes
16. http://www.amnistie.ca/…amnistie-internationale-soppose…
17. Michel Chartrand